La
filière hydrogène est confrontée à des "verrous
technologiques"
Pierre Le
Hir (Le Monde) / 29-11-2007
"l reste à faire
sauter des verrous technologiques très forts avant
que la pile à combustible puisse équiper les voitures particulières."Pierre
Serre-Combe, chef du programme Technologies de l'hydrogène du Commissariat à l'énergie
atomique (CEA), ne minimise pas les obstacles que doit surmonter la filière
hydrogène, tant en termes de performances que de prix. Ses débouchés
industriels, que les experts annonçaient naguère pour 2010, sont
aujourd'hui repoussés "à l'horizon 2020 ou 2030". Pourtant,
dans les laboratoires comme ceux du centre de Monts-Le Ripault du CEA, près
de Tours, les chercheurs enregistrent des avancées significatives.
Le principe de la pile à combustible est maîtrisé de longue
date: il consiste, sur le mode d'une électrolyse inversée, à combiner
de l'hydrogène avec l'oxygène de l'air pour produire de l'électricité.
Son utilisation pour alimenter des moteurs de véhicules se heurte à son
coût qui, en raison des matériaux précieux, comme le platine,
constituant les catalyseurs (anode et cathode), reste 100 fois plus élevé que
celui des moteurs à essence.
De nouveaux procédés de fabrication, plus économes en platine,
ainsi que le recours à des matériaux à base de graphite
pour les composants distribuant l'hydrogène et l'oxygène et collectant
le courant électrique, ont toutefois permis de diviser ce coût par
50 en cinq ans. La longévité des piles a aussi été améliorée:
alors que les précédentes générations voyaient
leurs performances décliner après 500 heures de fonctionnement,
de nouveaux modèles ont été testés en conditions
réelles pendant plus de 1400 heures.
Des progrès ont aussi été accomplis dans le stockage de
l'hydrogène. Alors que ce gaz était jusqu'ici comprimé à 700
bars dans des cartouches en métal -réputés plus étanches
et donc plus sûrs pour ce gaz très léger et très explosif-,
le CEA a développé des réservoirs en polymères
(Nylon et polyuréthanes), de fabrication plus simple, qui permettent de
porter de 200 à 20 000 le nombre de cycles de mise sous pression.
De nouvelles pistes sont ouvertes pour la production de l'hydrogène. Celle-ci
est aujourd'hui réalisée, à 95%, par reformage du gaz naturel,
avec l'inconvénient de relâcher du CO2. Le CEA mise plutôt
sur la décomposition de l'eau en hydrogène et oxygène par électrolyse.
Des unités d'électrolyse à basse température sont
déjà en service, avec un rendement médiocre. Celui-ci pourrait être
accru par des systèmes à haute température, délivrée
par des sources géothermiques ou par les réacteurs nucléaires
du futur.
Fonctionnement à 900 ºC
D'autres marchés que celui des transports devraient arriver plus rapidement à maturité.
Avant 2010, des micro-piles à combustible pourraient ainsi équiper
les ordinateurs et les téléphones portables. Et des piles à haute
température pourraient, vers 2015, fournir en électricité et
en chaleur des habitations et des bâtiments collectifs. Les efforts des
ingénieurs portent sur la réduction des températures de
fonctionnement (actuellement 900 ºC) qui limitent la durée de vie et la
fiabilité de ces systèmes.
Le CEA n'est pas seul à mener ces recherches. L'Union européenne
vient de lancer une "Joint Technology Initiative" sur l'hydrogène,
fédérant 40 organismes publics et 50 industriels de 16 pays, avec
un budget de 470 millions d'euros sur cinq ans. Mais, regrette M. Serre-Combe, "comparés à ceux
des Etats-Unis, du Japon ou de l'Allemagne, les efforts de la France restent
insuffisants".
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